20 février 2017

Tunique du Préfet de Police de la Seine
Célestin HENNION, le créateur des Brigades du Tigre.

     
(photo archives Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture Police de Paris; Tous droits réservés)



Trouver une pièce exceptionnelle est toujours un moment intense et particulier pour un collectionneur.
C'est le cas ici avec cette pièce d'uniforme: La tunique de Préfet de Police Célestin Hennion.
Le nom n'évoque pas grand chose pour les néophytes, mais si je vous dis "Brigades du Tigre", tout de suite c’est plus parlant;

Célestin Hennion n'est autre que le créateur de ces célèbres Brigades; Une série télé des années 70 et un film (en partie tourné à Vichy) en 2006 ont permis de retracer les aventures du commissaire Valentin et de ses deux acolytes  Pujol et Terrasson.

Célestin HENNION est né le 8 septembre 1862 dans le Nord à Gommegnies de Ghislain Joseph Hennion épicier et de Marie Christine Bisilaire, ménagère. Autant dire qu'il est né dans un milieu très modeste.

De 1870 à 1879 il est élève au Collège du Quesnoy. En 1881, il s'engage dans l'armée au sein du 110eme Régiment d'Infanterie de Dunkerque. Célestin Hennion obtiendra vite le grade de sergent fourrier et participera à 4 campagnes en Tunisie de 1881 à 1883. Il obtiendra la Médaille Coloniale qu'il portera sur son uniforme de Préfet de Police.



Il quitte l'armée en 1886 pour être secrétaire particulier d'Eugène Fosse Sous-préfet de Reims. Ses relations l'amène, la même année, à devenir inspecteur spécial adjoint à la direction de la Sûreté Générale des Chemins de Fer. Il est aussitôt affecté à Paris, rive droite.


Très vite il devient commissaire adjoint et commissaire de police à Verdun en 1890.
En 1892, il revient à Paris pour être affecté à la Gare Montparnasse comme commissaire spécial. Il enquête alors sur des mouvements anarchistes visant à renverser la jeune IIIeme République; Boulangistes et Apaches sont très actifs;


Les missions de Célestin Hennion sont aussi très politiques, il prendra part à l'affaire Dreyfus et cherchera sans cesse la vérité dans cette affaire en étudiant les preuves de l'innocence du capitaine Dreyfus.


En 1896, il est chargé de la sécurité du Tsar Nicolas II lors de sa venue en France.

En 1901, il déjoue un attentat contre la Tsarine Alexandra Féodorovna, 


Dans la nuit du 31 mai 1905, il s'occupe de la sécurité du Président de la République Emile Loubet et du jeune roi d'Espagne Alphonse XIII âgé de 19 ans qui échapperont de peu à la mort suite à l'explosion d'une bombe lancée par un anarchiste espagnol à l'angle de la rue de Rohan et de la rue de Rivoli.

Remarqué par son extraordinaire capacité de réactivité et par son sens aiguisé de l'organisation de ses équipes, Célestin Hennion est nommé en janvier 1907 directeur de la Sûreté du Ministère de l’Intérieur par Georges Clémenceau.
Dès lors, les deux hommes resteront liés et amis fidèles.

C'est au cours d'une discution que C.Hennion propose à son mentor Clémenceau, la création de brigades mobiles de police; Elles seraient équipées de véhicules automobiles pour se déplacer rapidement dans la capitale et même en province. Quelques mois plus tard, c'est chose faite, sont créées les célèbres Brigades du Tigre.


Hennion en profite pour créer la police judiciaire et criminelle. Il modernise radicalement l'institution et y fait entrer les dernières techniques en la matière (fichier anthropologique, exploitation des empreintes digitales avec Bertillon etc etc...)

(photo préfecture de police de Paris)

En 1912, il met fin aux exactions de la Bande à Bonnot;


Hennion sera élu Maire de sa commune de Gommegnies de 1908 à 1913.

Le 31 mars 1913 se sera pour C.Hennion la consécration, Clemenceau le nomme Préfet de Police de Paris succédant à Louis Lépine. C'est la première fois qu'un directeur de la Sûreté accède à ce poste.
Il mets sur pieds les brigades de Renseignements Généraux et crée la première vériatble école des cadres de police.

De graves ennuis de santé l'oblige à mettre fin à ses fonctions le 2 septembre 1914. de plus le Gouverneur Militaire de Paris, le Général Gallieni, veut mobiliser sur le front les policiers, une gageure pour Hennion, qui pense qu'en cas d'entrée des Allemands dans Paris, la ville serait pillée.
En octobre 1914, il prendra les fonctions de Commissaire Général du Gouvernement Français auprès du Gouvernement Belge replié à Sainte-Adresse.
Il s'éteindra d'un cancer de l'estomac l'année suivante, le 14 mars 1915 à Sainte-Adresse (Seine Maritime).
  Célestin HENNION en 1914 (Photo BNF)


Décorations de Célestion HENNION:

Chevalier de la Légion d'Honneur le 6 février 1894
Officier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1905
Commandeur de la Légion d'Honneur le 3 mars 1913(porté  au col sur les photos ci-dessous)
Médaille Coloniale agrafe TUNISIE(portée sur les photos ci-dessous)
Officier d'académie (porté sur les photos ci-dessous)
Ordre du Nichan Iftikar
Médaille d'Or des Secours Mutuels.(Il est le fondateur de l'amicale de la prévoyance des commissaires, portée sur les photos ci-dessous)
Grand-Croix du Mérite Militaire d'Espagne (division blanche, plaque et écharpe portées sur les photos ci-dessous)
Grand Officier de l'Ordre de Léopold II de Belgique (modèle pour l'Etat Indépendant du Congo, plaque portée sur les photos ci-dessous).
Commandeur de l'Ordre Royal de Victoria d'Angleterre en 1908.
Etc... 


L'uniforme:


Le préfet de police Hennion en 1913, il porte la tunique présentée ci-dessous(crédit photo SIRP).



La tunique présentée est celle portée par Célestin HENNION alors Préfet de Police de la Seine.
Une étiquette nominative figure dans la poche interne, elle porte la date " juillet 1913" .


Elle à été fabriquée au Pavillon de Rohan à Paris par le Maitre tailleur-brodeur Augustin Dony, 77 Faubourg St-Honoré.



De coupe croisée, elle ferme par deux rangs de 7 boutons couleur argent timbrés du faisceau républicain.

Le col et les parements de manches portent de deux rangs de broderie en cannetille argent de feuilles 
de chêne et de laurier symboles du Corps Préfectoral depuis le Premier Empire.


Vue rapprochée des décorations; de gauche à droite: Médaille Coloniale avec agrafe TUNISIE obtenue lorsqu'il était Sergent au 110 ème régiment d'infanterie, Officier d'Académie et médaille d'honneur des Secours Mutuels échelon or.


Le col porte sur son pourtour, un galon de soie rouge, qui indique le port de la Croix de Commandeur de la Légion d'Honneur reçue en mars 1913.



De nombreuses brides servent à maintenir des plaques d'Ordres reçues par C.Hennion, Plaque de Grand-croix du Mérite Miliatire espagnol et plaque de Grand-officier de l'Ordre de Léopold II de Belgique modele pour l'Etat Indépendant du Congo.


 Plaque de Grand-Croix du Mérite Militaire d’Espagne division blanche.

Plaque de Grand-Officier de l'Ordre de Léopold II modele pour l'Etat Indépendant du Congo.

       Commandeur de l'Ordre Royal de Victoria d'Angleterre.    

 Célestin HENNION en grand habit de Préfet de Police;

(Crédit photo archives Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture Police de Paris; Tous droits réservés)



(Crédit photo archives Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture Police de Paris; Tous droits réservés)

Je remercie particulièrement Madame la responsable du SMAC de la Préfecture de Police de Paris pour l'aide précieuse apportée concernant l'iconographie du Préfet de Police HENNION en uniforme. 

18 février 2017

GEORGES BEGUE Sous-préfet de Montluçon puis Préfet des régions dévastées.


Portrait de G.BEGUE par E.FRIANT en 1921

 Georges Louis Albert BEGUE est né le 18 novembre 1876 à MEAUX.
Après des études studieuses au lycée Condorcet à Paris, il obtient un doctorat de droit.
Son premier poste sera celui d'attaché au cabinet du Ministre des Colonie Emile Chautemps en 1895.
En 1900, il devient chef du cabinet du préfet de la Haute-Savoie, puis Secrétaire Général en 1905.
En 1909, il part pour la Sarthe toujours comme Secrétaire Général.
Une promotion le nomme Sous-préfet de La Flèche en 1911, puis de Thonon en 1914 avant d'être Chef de Cabinet de P.Jacquier Sous Secrétaire d'Etat à l’Intérieur .
Mobilisé le 26 octobre 1914, il sera en sursit d'appel en février 1915.
A sa demande, il entre aux armées le 4 janvier 1916;
En janvier 1918, il est nommé Sous-préfet dans notre département à de Montluçon avec mention "maintenu aux armées".
A la fin de la guerre, il part pour la reconstruction des régions atteintes par les événements de guerre.
Il fera beaucoup pour ces régions et s'impliquera énormément. Sa valeur sera reconnue par le Ministre de l’intérieur et se traduira par sa nomination en juillet 1922 comme Préfet de l'Aisne. En 1922, il est nommé Préfet de la Meuse et de l'Aisne à nouveau.


Ci-dessous, le 25 novembre 1922 à Cheppy dans la Meuse lors de l'inauguration du monument aux morts américains du Missouri. Le Préfet Begue est encadré par le Maréchal Joffre et le général Trochu. Georges Begue porte la tunique présentée dans cet article. (Crédit photo Gallica)






Le monument aujourd'hui.


En dessous, le 22 octobre 1922, au Bois des Caures près de Verdun, le Préfet Begue (à gauche) inaugure le monument dédié aux chasseurs à pieds du Colonel Driant. Pour l'occasion le Ministre de la Guerre André Maginot et le général de Castelnau sont présents(photo Gallica).

 George BEGUE durant la Grande Guerre peindra à l'aquarelle de nombreux paysages de tranchées sur le front.




                                               Aquarelle de G.BEGUE datée 1916.

Appelé à d'autre fonction en 1926 comme Trésorier Payeur Général de l'Allier et de la Côte d'Or en 1934; Il prends sa retraite en 1937;
Il s’éteint à Dijon à l'âge de  87 ans.

Distinctions du Préfet BEGUE:

- Chevalier de la Légion d'honneur le 23 juillet 1921
- Officier le 28 décembre 1927;
- Croix de Guerre 14/18 
- Médaille Interalliés
- Médaille Commémorative 14/18
- Officier d'académie
- Officier du Mérite Agricole
- Médaille d'Honneur échelon Or des Assurances Sociales
- Commandeur de l'Ordre du Nichan Iftikar de Tunisie.
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Les uniformes du Préfet G.BEGUE:

Les uniformes présentés ont appartenu au Préfet Georges Begue.(Collection Jérôme Cornieux)

La grande tenue:


Détails du parement de manche


Étiquette interne  nominative portant la date du 25 août 1922 

La tunique modele 1878 à deux rangs de boutons est celle portée désormais en grande tenue et remplace l'habit de cérémonie, très onéreux et progressivement délaissé après la Grande Guerre.
Elle est fabriquée par la célèbre maison LUSSAN à Paris. L'étiquette interne datée du 25 août 1922 nous informe qu'il la commandé suite à sa nomination le même mois de la même année au poste de Préfet de la Meuse.
D'une coupe sobre, le col et les bas de manches sont brodés de feuilles de chêne et de laurier en cannetille d'argent.
Les boutons sont timbrés du faisceau républicain au centre d'une couronne de feuillage.
Les décorations sont fixées par des barrettes à boules retenues par des brides.
Le pantalon en drap fin noir porte les bandes d'argent aux motifs du Corps Préfectoral, des bouquets de feuilles de chêne et de laurier.

Petite tenue:




 Etiquette nominative d'un  de ses pantalons. Il porte la date du 3 mars 1905. Georges Begue
  est alors Secrétaire Général de la Prefecture de Haute-Savoie à Annecy.

Dès 1922, une nouvelle tunique est adoptée. Elle est copiée sur celle portée par les officiers généraux  de l'armée française.
Elle comporte seulement des écussons de col brodés.
Le pantalon est similaire a celui porté en grande tenue.
Cette tenue très sobre, résulte d'une volonté de ne plus afficher le faste des grandes cérémonies d'avant guerre et les grandes tenues entièrement brodées n'ont plus leur place.
L’hécatombe de 14/18 et les cérémonies officielles d'inaugurations de monuments aux morts amènent le port de tenues plus adaptées à ces moments de recueillement.
Fabriquée par le même tailleur que la précédente, elle est datée du 8 mars 1926, G. BEGUE est alors Préfet de l'Aisne;
Sur cette tunique, seuls les rappels des rubans de décoration sont portés et ont été montés d'époque(on peut les voir sur la photo ci-dessous), cette mode qui plus tard sera bien réglementaire, date des années 1916 pour faciliter le port des décorations sur la tenue de combat dans les tranchées.


        Le 31 juillet 1927, le Prefet G.BEGUE inaugure le monument aux morts de Saint-Quentin dans l'Aisne; Il porte la tunique présentée ci dessus.(Cliché Collection Jerôme Cornieux)