27 août 2011

UN UNIFORME...UN HOMME...UN DESTIN

Le Préfet Alexandre Angeli: du héros de 14/18 au condamné à mort de 1944.

Angeli n'inscrira pas son nom dans les pages de la glorieuse histoire du Corps Préfectoral, il sera de ceux, minoritaires dans ce Corps, qui durant la période de l'Etat Français, seront des agents les plus zélés avec l'occupant et du gouvernement en place...

Alexandre Benoit Joseph ANGELI est né en Haute-Corse à Piédicroce le 21 mars 1883 où son père est receveur des Postes. Il se marie à Montpellier en 1922, de cette union naîtra deux filles.

 Avocat stagiaire à la cour d'appel de Paris en 1907, il effectuera son service militaire de 1904 à 1905.Docteur en droit, Alexandre Angeli fut dès 1909 chef de adjoint du cabinet du préfet de l'Hérault. Le 15 juillet 1914, il devint sous-préfet de Boussac dans la Creuse, sous-préfecture supprimée en 1926. Le 22 mai 1917, secrétaire général de la Dordogne puis le 4 mars 1920, attaché au cabinet du sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur.

Lors de la Grande Guerre il sera mobilisé du 15 février 1915 au 15 novembre 1916 (réformé temporaire), courageux combattant au sein d'un régiment d'infanterie, il se distinguera particulièrement et obtiendra la Croix de Guerre 14-18 avec citation.


Apès différents postes de Sous-préfet et un passage au Ministère de l'Intérieur, il devient Préfet des Basses-Alpes en 1931.

Carte de visite et décorations ayant appartenues au Préfet A.Angeli alors Préfet de l'Yonne.
(Coll.J.Cornieux)

Préfet de l'Yonne, il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur le 10 août 1932.

 La 2ème Guerre Mondiale le trouva préfet du Finistère d'où les Allemands demandèrent son départ. C'est Laval qui le fit nommer préfet régional de Lyon.
Lyon, Le Préfet Angéli  entre le Cardinal Gerlier et un Général, lors d'une cérémonie.
(Coll.J.Cornieux)
Le même jour...
(Coll.J.Cornieux)

 Video : le Maréchal Pétain a Lyon reçu par le Préfet Angeli

« Son aspect froid, désagréable, éloignait la sympathie. Il gardait toujours la mine sévère d'un inquisiteur. Il sera détesté des résistants en même temps que des Allemands qui le chasseront » (AMORETTI Henri, Lyon capitale 1940-1944, Lyon, France-Empire, 1964, p 293). Les Allemands se lassèrent d'Angeli et firent pression pour qu'il fût relevé de ses fonctions. C'est pour lui le début de sa déchéance. Déjà en novembre 1942, le haut commandement allemand proteste conte son attitude lors de l'invasion de la zone sud. Le 7 janvier 1944, Angeli figure sur un état signé Otto Abetz, de personnalités dont l'arrestation est envisagéee; Alger apprenait qu'« Angeli, préfet régional de Lyon occupe toujours son poste, mais il a l'oreille fendue. Sa disgrâce serait le résultat d'une plainte allemande. Son successeur, d'après mouvement préfectoral non encore mis à jour, serait le préfet de la Loire-Inférieure nommé Bonnefoy » (AN F1a 3891, BCRA, 30/01/1944, de Vichy). Le BCRA(services secrets de la Résistance) était effectivement bien renseigné : le JO de l'Etat français publiait le 24 janvier 1944 la nomination de Bonnefoy au poste de préfet régional de Lyon, en remplacement d'Angeli, placé dans la position prévue par la loi du 17 juillet 1940 (le 17 juillet 1940 avait été promulguée une loi, appelée à un large avenir jusqu'à la fin du régime, qui autorisait le gouvernement à relever de ses fonctions, « nonobstant toute disposition législative et réglementaire contraire, par décret pris sur le seul rapport du ministre compétent et sans autres formalités », tous les agents publics).Il sera mis en retraite.
 La Libération se profile et le zèle dont il fait preuve pour le gouvernement de Vichy et son admiration sans limite pour le Maréchal et P.Laval vont lui coûter.

le 6 août 1943, le Préfet régional Angeli à Lyon remet le fanion a la police urbaine, remarquez qu'il est titulaire de l'Ordre de la Francisque.
(Photo INA)

Reconstitution d'illustration d'après la photo d'époque ci-dessus (Collection J.Cornieux)

Ses actions controversées et sa position durant l'occupation- la chasse aux Resistants, aux réfractaires du STO mais surtout l'affaire des 84 enfants juifs internés à Venissieux en août 1942-vont aussi "intéresser" les autorités du Comité  de Libération (C.D.L), un procès des plus retentissant va déchainer les foules.

La Liberté du 30 novembre 1944: "l'ex-préfet régional Angeli s'explique sur son attitude envers la Résistance et à l'égard des Allemands"

Après des audiences houleuses, la cour de justice de Lyon le condamne à mort, à l'indignité nationale et à la déchéance de la Légion d'Honneur le 2 décembre 1944 et l'incarcère. Son avocat lui évite de peu d'être fusillé sans ménagement par des FFI qui le sorte de sa cellule et le moleste sèverement.

Angeli lors de son procès.

 Une révision de son procès aura lieu le 6 mai 1946 par la cour de justice de Paris, les jurés condamnent  finalement l'ex-préfet à 4 ans de prison avec déchéance de ses droits civiques et 12000 francs d'amende, tout ça dans un tollé général, les résistants sont écoeurés et indignés mais les tensions et les haines de la Libération s'étant quelque peu atténuées, cela explique cette "clémence" soudaine de la part de la justice.

 Il mourra à Marseille le 12 avril 1962.

L'UNIFORME:

La tunique présentée ici, est comme l'indique son étiquette intérieure, confectionée le 11 juin 1931 par la célèbre maison Lussan (13 rue Monsigny à Paris) pour le Préfet Angéli  fraîchement nommé préfet des Basses-Alpes.
Tunique portée par A.Angéli en 1931 à 1937.
(Coll.J.Cornieux)

Etiquette nominative intérieure.

Ici le Préfét Georges BEGUE (ancien Sous-préfet de Montluçon) porte en juillet 1927, une tunique quasi similaire que celle présentée.
(Coll.J.Cornieux)

C'est un tout nouveau modele, déjà adopté par certains membres du Corps Préfectoral dès la fin des années 20. Cette tunique est copiée sur le modele 1922 de l'armée.

En drap fin noir, elle comporte un seul rang de neuf boutons du modèle propre au Corps depuis 1873, avec le faisceau de licteur républicain au centre d'une couronne de feuillage. Deux boutons de petits modules figurent aux bas des manches, à l'arriere des faux parements.

Ses insignes de col sont découpés à leurs extrémités, en accolade et ornementés de motifs de broderies de feuilles de chêne et olivier, bordées d'une baguette à "dent de loup" sur un col droit.

Détails du col. Les pattes de col adoptent pour la première fois ce type de modèle, copiées sur celles portées par les généraux dès 1922.

Elle possède 4 poches à rabats, sans soufflets et un plis d'aisance sur le dos.

Les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur obtenus en 1932 et la Croix de Guerre 14/18 figurent à leurs places. Ces décorations sont celles portées par le Préfet Angeli et montées d'origine.
 C'est d'ailleurs les deux seules décorations qu'il portera sur ses uniformes (pendantes ou en barrettes), ormis celle de l'Ordre de la Francisque durant la période de l'Etat Français.Ceci prouve son attachement à son statut "d'ancien de 14" et à la personne du Maréchal, le vainqueur de Verdun (et sous entendu pour lui, le seul capable de relever la France durant ces sombres années)
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Sources Bibliographiques:

- Dictionnaire biographique des Préfets. Paris. Archives Nationales.1994
- Histoire des Préfets. Pierre-Henry. Nouvelles Editions Latines.1950
- Historama N°235-Juin 1971 "Les deux procès du préfet Angeli".
- Histoire de la Milice et des forces du maintien de l'ordre en Haute-Savoie 1940-1945.Michel Germain.1997
- Archive personnelles de l'auteur.

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